
Une belle histoire d'amour commença entre Michel Polnareff et la Jeune France. Cette France qui voulait bouscouler les tabous, libérer le corps des femmes, avoir le droit d'être jeune et respecté, cette France qui voulait que tout devienne possible... Lui, extravagant et provocateur, Elle, pas encore décidée à faire abstraction de la « Sainte Morale », tout en ayant une folle envie de la renvoyer au couvent. Au détour d'une mélodie aux accents jazzy, écoutant un certain Polnareff implorait de ne pas se moquer de son pauvre amour, elle ne peut résister à ce jeune homme philiforme, à la voix haut perchée, préférant exploiter son génie dans la musique pop(ulaire) plutôt que dans la « grande » musique. Elle voit en lui un renouveau, un personnage public différent des minets gominés et endimanchés. Ses textes fédérateurs sont décriés par les bien pensants, ces hommes et ces femmes qui redoutent de voir leurs filles perverties par un « beatnik », androgyne, ne leur montrant jamais son regard même lorsqu'il leur montre son cul. Une histoire de « Frisc » contraint Michel Polnareff à quitter sa bien aimée pour le Nouveau Monde. Il lui écrira une lettre, pour elle, pour lui dire combien il l'aime. En retour, la Jeune France perpétuera son oeuvre, pour que les prochaines générations apprennent un peu la vie de cet homme qui fut obligé de clamer : « Je suis un homme » pour assurer son hétérosexualité aux yeux de la Société. Cette même Société qui parlera de lui, plus pour ses scandales et ses frasques que pour son talent, celle qui continuera de le marginaliser pour ne pas avoir voulu entrer dans le rang. Pendant son absence, présente pour ses défendeurs, il fit des apparations quasi immaculées, le temps d'une interview ou d'un concert à la mythique salle du Roxy... Il entretient le mystère, ne voulant toujours pas revenir voir la France, celle qui l'a adulé et porté en héros.
Près de 35 ans auront suffi pour que Michel décide enfin de renouer l'amour qui le lie à la France, celle qui a grandi avec lui. La nouvelle sonne comme un coup d'éclat, Polnareff est de retour. Ce retour, il le signe magnifiquement d'une tounée de concerts affichés complets depuis des mois, la France ne l'a pas oublié et elle répond présente. Après un semestre d'attente, d'excitation et d'envie, le soir est venu, ce mercredi soir. Accrochée au-dessus de la scène, la célèbre paire de lunettes, taillée XXL, capte tous les regards. Quelques perruques blondes viennent ajouter un air de fête à ce qui est déjà l'événement musical de l'année 2007. 21.15 : la foule scande le nom de son héros... le revoilou.
L'émotion est grande au sein du public lorsque les premières notes de « Je suis un homme » commence à taquiner ses tympans. Le fond de la scène est drapé d'un lit de petites étoiles, quelques sphères augmente son caractère spacial, très proche de Pink Floyd. Un cocon lumineux, servant d'axe à cet univers, illumine la piste de spectacle. Soutenu par 17,000 choristes, Polnareff déballe son répertoire le plus évident. Ses musiciens, sûrement parmi les meilleurs du monde, sont impressionnants de virtuosité et de précision. Dédicace au batteur qui offre un solo « tarentulesque ». Le temps de se demander qui a tué grand maman ?, et les choristes, les vrais ceux de Michel, ouvre à Bercy l'étendue de leur voix angélique. Le public est à deux centimètres du sol. Et puis, Lui, seul au piano, entonnant l'intro de sa Lettre, cette mélodie romantique que toute la France connait, celle qui évoque si bien le talent de Polnareff à composer des chansons indémodables et si bien construites. Ses chansons reprises en coeur par les jeunes et moins jeunes, sonnent commes des hymnes de la grande tradition de la Pop anglaise. Il n'a d'ailleurs jamais caché son penchant pour la langue de Shakespeare. Ah ces Anglais, n'y-a-t-il vraiment que pour la cuisine qu'ils ont mauvais goût ? Assurément oui. Ce soir, il a encore donné Tout tout pour ses chéries, dit Goodbye à Marylou et a assuré à sa bien-aimée, France qu'elle ira au Paradis... Et surtout Lui.